17 septembre 2026 · PAR DAVID GUEZ

Zombie, la mouche

Le connectome d’une drosophile devient acteur de Doom, de Minecraft ou d’un robot. Mais que remet-on réellement en mouvement : un cerveau, une architecture ou un zombie sans mémoire ? En reliant cette expérience à mes recherches A.L.I. sur le solipsisme et les mondes simulés, je propose le « Seuil du réel » : le moment où la simulation entre dans la chaîne causale du monde. Puis j’imagine une performance de quarante-huit heures durant laquelle une mouche zombie contrôle entièrement la sécurité d’un centre d’art et devient une véritable « mouche de garde ».

Zombie, la mouche
Connectome complet du système nerveux central de la drosophile mâle adulte, MaleCNS v1.0. Données et image : FlyEM Project Team, HHMI Janelia, Cambridge Connectomics Group et Google Research, CC BY 4.0.

Le connectome d’une drosophile a été reconstruit neurone après neurone : une carte vertigineuse de ses connexions. Des développeurs l’ont fait agir dans des jeux vidéo et des robots. Quelque chose bouge à nouveau, mais ce n’est pas la mouche ressuscitée. Nous avons une architecture, non ses expériences, sa mémoire vécue ou la totalité de son corps. D’où ce titre : Zombie, la mouche.

Un cerveau numérisé reçoit des signaux, produit des réponses et peut être placé dans un environnement artificiel. Il reste enfermé dans une chambre de pixels dont il ne connaît pas les murs. Cette expérience rejoint mes recherches A.L.I. sur le solipsisme et les mondes simulés : comment distinguer un dehors réel d’une projection construite par nos instruments et nos attentes ?

Je propose le Seuil du réel : le moment où un modèle entre dans la chaîne causale du monde. Sa décision commande un corps virtuel ou physique ; les effets de cette décision modifient ce qu’il perçoit ensuite. Cette boucle ne prouve ni conscience ni résurrection. Elle rend pourtant la simulation responsable de conséquences observables. Passer de la mouche à un cerveau humain exigerait bien plus qu’une carte de connexions ; aucune date crédible ne permet d’annoncer une personne « réanimée ».

J’imagine une performance où cette mouche zombie gouvernerait pendant quarante-huit heures les systèmes de sécurité d’un centre d’art, puis une « mouche de garde » qui détecterait les ruptures d’un lieu avec la vitesse sensorielle d’un insecte. L’installation demanderait une surveillance humaine et des limites de sécurité réelles. Son paradoxe demeure : le centre d’art protège-t-il la mouche, ou devient-il son nouveau corps ?

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