24 septembre 2026 · PAR DAVID GUEZ

Effondrement de modèle ou comment l’IA pousse à la disparition de l’image

Que devient l’image quand les modèles d’IA générative apprennent à partir d’images produites par des modèles antérieurs ? Je remonte l’histoire de la récursivité — du jeu vidéo à Bach, de la biologie à l’économie — pour distinguer les boucles qui enrichissent le monde de celles qui en raréfient les traces. L’article se prolonge par un générateur interactif de vide, à tester directement dans la page.

Effondrement de modèle ou comment l’IA pousse à la disparition de l’image
Yayoi Kusama, Obliteration Room, 2016. Photographie attribuée à Hanna Kukorelli / Helsinki Art Museum, CC BY-SA 4.0. L’installation participative se couvre progressivement de points colorés.

La récursivité est une structure qui reprend sa propre sortie comme nouvelle entrée. On la rencontre dans un programme informatique, une phrase enchâssée, une fugue de Bach, une image de Kusama ou un monde de jeu vidéo contenant un autre monde. Certaines boucles enrichissent ce qu’elles traversent : elles introduisent un milieu, une variation, un regard extérieur. D’autres referment progressivement le champ des possibles.

La question devient concrète avec les modèles d’entraînement des IA génératives. Si des générations successives apprennent sur des données produites par les modèles précédents, certaines expériences de recherche montrent que les cas rares peuvent disparaître et que la diversité se contracte. Ce résultat dépend des données et du protocole : l’image n’est pas condamnée à s’effacer littéralement. Mais une culture qui se nourrit surtout de ses propres synthèses risque de perdre le contact avec ce qui la contredit.

La boucle n’est pas seulement technique. Les plateformes favorisent ce qui leur ressemble déjà ; les créateurs anticipent ce que les plateformes rendront visible ; les modèles apprennent de cette production réorientée. Le monde devient peu à peu l’entraînement de sa propre représentation. J’y vois un risque de disparition des différences, des traces et des accidents qui empêchent une image de se réduire à un style probable.

Je propose un générateur de vide que l’on peut essayer dans l’article. Le visiteur dépose une image, la fait passer par des itérations successives et observe ce qui subsiste : un grain, une couleur, une structure ou une simple preuve de passage. Il décide quand arrêter. Ce vide n’est pas une page blanche ; c’est l’histoire visible d’une perte — et une invitation à rouvrir la boucle au monde.

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